L'eurométropole

Où 360⁰ de l'ambition rencontre la réalité

Alors que Rudy Demotte est élu président de l'Eurométropole pour la 3ème fois, on peut se demander si le projet européen pionnier lancé en 2008 va enfin sortir de son sommeil de Cendrillon ou si nous allons continuer à regarder une version transfrontalière de la journée de la marmotte.

Le 2 octobre, Rudy Demotte a été élu nouveau président de l'Eurométropole. Ce sera son troisième mandat à la tête, derrière Martine Aubry qui a déjà dirigé cinq fois le premier groupement européen de coopération territoriale (GECT). Le peu d'attention que son élection a reçu dans les médias locaux français et belges ne doit pas remettre en cause l'importance de cette coopération transfrontalière franco-belge. Elle devrait plutôt remettre en question la gestion d'un projet qui a débuté avec de grandes ambitions en 2008 et qui reste aujourd'hui pratiquement inconnu de la population.

Un bilan des ambitions affichées pour l'Eurométropole

Stratégie Eurométropole 2014-2020

Les domaines clés de l'Eurométropole 2012-2013 ont couvert un large éventail de sujets allant de la mobilité à l'économie, en passant par le développement durable, la santé et l'éducation, et ont été développés en collaboration par 14 partenaires administratifs en France et en Belgique. La stratégie 2014-2020 a affiné ces thèmes en axes ayant chacun des objectifs différents. Alors que nous approchons de la fin de l'année 2020, les équipes régionales de Volt France et de Volt Belgique veulent revoir les ambitions principales afin de constater où elles en sont aujourd'hui :

Porter les clusters de la plateforme Innov'eurométropole à un niveau international

Une plateforme d'innovation a été lancée en 2011 autour des pôles de compétences locales. La plateforme et le fonds complémentaire pour investir dans la région de l'Eurométropole n'existent plus tandis que l'innovation et les investissements restent les moteurs de l'économie régionale et de l'emploi. Étant donné que l'accès au financement de l'UE nécessite généralement des acteurs de plus d'un pays, la région de l'Eurométropole serait dans une position idéale pour aider les entreprises locales à demander un financement européen pour la recherche, l'innovation, l'investissement et la transition vers une économie durable. Pourtant, à partir de 2020, ce thème clé pour l'avenir de la région ne semble plus être une priorité.

Créer un marché du travail transfrontalier

La stratégie visait à créer une visibilité pour les opportunités d'emploi dans la région. La nécessité pour les services de l'emploi de coopérer a été reconnue par l'Eurométropole jusqu'en 2018. C'est également la dernière année où un rapport a été publié, présentant les projets Compétences-sans-Frontières et Emploi-sans-Frontières financés par Interreg - tous deux dotés de plusieurs millions d'euros, mais ne permettant pas la visibilité de l'emploi transfrontalier envisagée. Les initiatives régionales tentent aujourd'hui de reprendre là où l'Eurométropole aurait pu faire des percées. 

Développer l'attractivité de la région en s'appuyant sur les atouts qui nous distinguent

Un concept similaire à celui de la French Tech mais visant les pôles technologiques et de compétences de l'Eurométropole aurait largement contribué à stimuler la promotion des pôles économiques. Malheureusement rien de tel n'a été mis en œuvre. L'initiative visant à stimuler la culture et le tourisme dans la région n'a pas non plus vu le jour fin 2020, le site web de la plateforme touristique de l'Eurométropole étant aujourd'hui utilisé pour une boutique en ligne des articles de cuisine bon marché.

http://www.visiteurometropolis.eu/

Développer un système de transport public plus intégré

La région souffrant de la pollution d’air, il devient plus important que jamais de faire évoluer les systèmes de transport public afin d'offrir une alternative viable aux déplacements. La stratégie 2014-2020 prévoyait un portail commun pour des informations actualisées sur le trafic et les pics de pollution, ainsi qu'un abonnement Eurométropole utilisable avec tous les transports publics de la région. Si des initiatives telles que le ticket Trampolin vont dans la bonne direction, la mobilité transfrontalière peut encore être améliorée grâce à un ticket commun qui ne se profile pas à l'horizon. 

Développer le réseau des liens doux

l'Eurométropole sur OpenCyclemap.org

On peut dire la même chose de l'harmonisation du réseau de vélos dans la région Eurométropole. La consultation d'une carte des réseaux existantes de vélo montre clairement que la MEL est à la traîne de la Flandre et de la Wallonie en matière d’infrastructures cyclables. Là encore, l'Eurométropole aurait été dans une position idéale pour promouvoir un réseau cyclable transfrontalier - le financement de l'UE existait dans le cadre du projet Eurocyclo et d'autres régions du département du Nord l'ont utilisé pour mettre leurs réseaux cyclables au même niveau que ceux de leurs voisins belges, tandis que l'Eurométropole limite largement son mode d’action à publier la liste des services de vélos publics disponibles dans chaque région sur son site web.

Eurométropole Quo Vadis  ?

Damian Castellan, président de la MEL, a déclaré en 2015 que l'objectif premier de la MEL était de rendre l'Eurométropole plus visible et concrète pour les citoyens du territoire. La semaine suivant l'élection de Rudy Demotte était également la semaine européenne des régions et des villes. L'Eurométropole a organisé un atelier sur la nécessité d'un espace citoyen européen permanent et participera à un autre pour souligner la nécessité de redimensionner la coopération et les politiques transfrontalières. Comme cela a déjà été dit en 2015, une plus grande implication des citoyens et une augmentation de la coopération transfrontalière sont toutes deux cruciales pour justifier le rôle que l'Eurométropole vise à remplir pour les citoyens des deux côtés de la frontière. Mais alors que nous approchons de la fin de l'année 2020, l'Eurométropole est invisible dans la vie quotidienne, le nouveau site web a été "redimensionné" pour montrer moins de contenu, moins d'ambitions et un champ de recherche qui ne renvoie - de manière appropriée - rien. Les anciens projets phares, les rapports annuels après 2018 et une stratégie pour 2021-2027 sont introuvables. 

L’Eurométropole 2030

Alors que les anciens présidents deviennent de nouveaux présidents et que tout se répète comme au jour de la marmotte, nous regardons avec impatience si l'Eurométropole se réveillera un jour pour devenir l'institution transfrontalière, comme l'envisagent Volt France et Volt Belgique et certainement une grande partie de la population européenne de la région. Rudy Delmotte souhaite que le GECT redevienne pionnier de la coopération européenne et "suive ce qui se passe dans l'espace commun". Ces ambiguïtés, seront-elles les nouvelles ambitions ? Ne faudrait-il pas remplacer "visualiser" et "sentir" l'Eurométropole - deux des trois axes de long terme définis pour 2030, par des actions plus visibles et concrètes comme l'a dit Damian Castellan ? Les exemples abondent : Commencer par soutenir une initiative citoyenne européenne comme "Voters without Borders" et engager une discussion avec les citoyens sur leurs besoins et leurs espoirs pour que la région de l'Eurométropole développe une stratégie future. Volt France et Volt Belgique sont heureux de fournir des idées pour réveiller l'Eurométropole. La question est de savoir si l'administration de l'Eurométropole se soucie autant que nous de leur projet.