La culture pendant la crise sanitaire : idées et priorités

2020-11-20 : Dans notre deuxième séance de micro-ouvert, nous avons abordé les implications de Covid sur le secteur culturel et sa situation en général et à long terme face à la concurrence du GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Nous avons essayé de formuler des propositions destinées à aider le secteur culturel à rebondir aux niveaux municipal et régional, que nous intégrerons dans notre processus d'élaboration des politiques.

Introduction de la politique culturel dans les Hauts-de-France

Le budget culturel 2020 de la région de 132 M€ (soit 4% du budget) se concentre sur l'aide des investissements dans les axes (1) création et créativité, (2) éducation et métier, (3) vitalité des territoires et relations aux habitants et (4) rayonnement et développement international. Puisque l'emploi reste fragile dans le secteur, la Région soutiendra l'emploi culturel notamment par la formation, l'apprentissage et la professionnalisation. Entre autres, la région favorise la co-construction de la politique culturelle et la participation de tous - elle souhaite donc expérimenter une gouvernance innovante des arts, de la culture et du patrimoine en Hauts-de-France. Les aides mises en place sont en forme de subventions financières et de la mise à disposition de locaux ou de matériels.

La sécurité sociale des artistes en France

Les écrivains, musiciens, photographes, chorégraphes ou artistes multimédias ayant un revenu annuel minimum de 9 027 euros (2019) sont obligatoirement assurés auprès de l'AGESSA. Les artistes visuels disposent d'un système comparable organisé par la Maison des Artistes. Pour les artistes indépendants, les cotisations de sécurité sociale s'élèvent à environ 15 %. L'équivalent de la part d'un salarié est un droit d'utilisation payé par les utilisateurs de services artistiques (1% sur tous les droits d'auteur) et une contribution pour tous les contrats de travail des artistes salariés. Fin 2004, les artistes employés dans le secteur du cinéma et du théâtre (intermittents du spectacle) ont obtenu des allocations de chômage pour leurs phases récurrentes du chômage. Actuellement, ils doivent être payés en 40 de 319 jours pour recevoir des allocations chômage. Cependant, les cotisations pour cela sont énormes (56 % du salaire brut lorsque les cotisations des employés et des employeurs sont additionnées) (source).

Covid aide à GAFAM-izer le monde

Nous avons commencé notre discussion avec les bibliothèques. Comme les livres en France ne comptent pas comme produits de première nécessité, nous avons examiné les moyens de permettre aux librairies de continuer à fonctionner pendant la période de fermeture, de l'adhésion aux plateformes en ligne à l'offre de services de "clic et collecte". Il y a eu un consensus sur le fait que Covid ne faisait qu'exacerber une situation qui détruisait déjà les institutions culturelles indépendantes - pas seulement les librairies - et favorise de manière asymétrique les grands industriels, notamment le GAFAM. La fermeture des derniers cinémas indépendants à Lille est un exemple évident pour souligner la nécessité d'une perspective à long terme pour permettre aux établissements culturels d'exister. Covid ne faisait que mettre en avant la lutte des bibliothèques contre Amazon et les défis des cinémas face à Netflix. Toute réponse à Covid doit donc également penser à l'avenir à long terme de la culture et à son rôle dans la société.

Le rôle de la culture dans une société

Nous avons également convenu que la culture ne devait pas être traitée comme un simple bien commercial. Nous avons plutôt considéré la culture et les arts en général comme un tissu essentiel de notre société, comme des déterminants de notre identité et des moyens de nous exprimer librement. Nous avons discuté des moyens de protection et de la manière dont ils étaient attaqués - des indications de provenance protégées comme le champagne, de la fixation du prix des livres ou de la chronologie des médias, qui exige qu'un film soit d'abord projeté dans les salles de cinéma avec un certain retard avant de pouvoir être diffusé à la télévision. Nous sommes à nouveau parvenus à la nécessité d'une réglementation de la concurrence - non pas au niveau local ou régional, mais au niveau européen - des enquêtes antitrust à la fiscalité. L'Europe dépense des sommes énormes dans l'agriculture - un vestige de la garantie de l'approvisionnement alimentaire. La culture doit être considérée davantage comme un bien essentiel qui doit également être protégé de manière similaire.

Propositions pour soutenir la culture au niveau régional

  • Étendre la protection des travailleurs culturels indépendants et intermittents des spectacles en dehors de leurs horaires de travail. Toute personne travaillant dans le secteur culturel et artistique devrait être couverte pendant la crise de Covid. À moyen et long terme, mettre en place un RSA similaire à celui de Paris au niveau régional ;
  • Contraint de se retirer, Covid rend encore plus difficiles le fonctionnement et l'entretien des institutions culturelles. La région ou la municipalité devrait avoir à sa disposition un certain nombre de locaux qui pourraient être laissés à des opérateurs culturels. Soit en limitant le loyer des entreprises culturelles indépendantes, soit en mettant gratuitement à disposition des ateliers, des studios, des théâtres et des vitrines, la main publique peut faire en sorte que les institutions culturelles ne soient pas obligées de se concurrencer sur la seule base de la rentabilité ;
  • Fournir des coupons culturels et de tourisme similaires à ceux des autres pays de l'UE en étendant les chèques-vacances ou les chèques culture : fournir un budget à chaque citoyen et étendre son utilité à toutes les associations, entreprises et artistes culturels indépendants et touristiques. Cela donnerait aux citoyens un budget pour découvrir et soutenir les institutions culturelles locales ;
  • Les grands événements culturels comme Lille3000 doivent avant tout soutenir les artistes indépendants locaux et régionaux. Ce serait une belle opportunité et un projet à moyen terme pour dynamiser et motiver notre scène culturelle et leur permettre de se remettre ;
  • Une résolution symbolique déclarant que la culture n'est pas un bien marchand mais plutôt un bien essentiel pour notre société pourrait être exigée du conseil régional ;
  • Mise en place d'un fonds d'urgence culturelle, qui existe en région Île-de-France et dispose d'un budget de 20 millions d'euros (soit 16% du budget culturel respectif) pour aider les artistes dans les situations d'urgence et compenser les pertes de revenus ;

Faire pression pour une politique européenne de la culture similaire a la PAC, qui devrait garantir que la culture occupe une place fixe dans l'agenda européen et que les citoyens travaillant dans les domaines culturels soient inclus dans un budget de sécurité sociale harmonisé.